samedi 21 janvier 2017

Lâchez les tigres affamés de la révolution heureuse.

Lire Biga plutôt qu'écouter les infos politiques parce que la seule vraie info politique, c'est Biga. Daniel Biga.
 

vendredi 20 janvier 2017

Un peu tard dans la saison à L'humeur vagabonde.

La librairie avait un nom évidemment prédestiné...

Un peu tard dans la saison a les honneurs de La Croix

On pourra lire le magnifique portrait que nous consacre Jean-Claude Raspiengeas et la critique du roman en cliquant ici et . Un très grande merci!

mardi 17 janvier 2017

Coup de coeur chic pour Un peu tard dans la saison

à la libraire Delamain...


Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 75

"Qui aujourd'hui peut savoir où c'était? Les menteurs contrôlaient les verrous."
Norman Mailer, Les armées de la nuit.

Gérard Guégan a aimé Un peu tard dans la saison

Quand c'est un écrivain que vous lisez depuis que vous avez vingt ans et dont tous les livres ou presque sont dans votre bibliothèque et y sont Pour Toujours, on dira simplement que le bonheur est redoublé. Merci, Gérard Guégan.


lundi 16 janvier 2017

Dieu existe et il est anarcho-autonome.

Donc, la justice a enfin dit qu'il n'y avait pas de terroristes à Tarnac et, cerises sur le gâteau, Alain Bauer qui est à la criminologie ce que Robert Parker est au vin naturel, sinistre inspirateur d'une des manips les plus foireuses de la Vème, est actuellement perquisitionné dans une affaire d'abus de bien sociaux. J'ai mis cerises au pluriel, parce qu'il ne faut pas oublier que Squarcini, le chef de l'antiterrorisme de l'époque est pour sa part, mis en examen pour "trafic d'influences" et "détournement de fonds" suite à sa reconversion dans le privé. Je ne vois qu'une seule explication, Dieu existe et il est anarcho-autonome.
(Sur la photographie, on voit très nettement Alain Bauer, Bernard Squarcini et le juge Fragnoli dans une automobile à essence lors de leurs investigations limousines pour trouver l'ennemi intérieur en novembre 1908.)

Un peu tard dans la saison sur le Net du ouiquènde






Un peu tard dans la saison: merci à la librairie Charybde






dimanche 15 janvier 2017

Au marqueur bleu sur le boitier


-Vous vous rendez compte, les gars ? Je n’ai pas revu Norah Jones depuis My Blueberry nights ! dit Charlie. Ca va faire plus de dix ans. Je me demande ce qu’elle a pu devenir.
On ne savait pas trop si Charlie plaisantait ou si vraiment il avait rencontré Norah Jones. Avec lui…
Mais on n’a pas ri, ni souri. On n’a même pas cherché à savoir la vérité. On s’est tous souvenus d’époques où des filles nous faisaient écouter Norah Jones l’après midi après l’amour et puis, les jours suivants, nous donnaient un CD recopié avec le nom de Norah Jones écrit au marqueur bleu sur le boitier. C'était bien.

-Dans My Blueberry nigths, elle saignait du nez, Norah Jones, non ? a demandé Charlie, comme si ça ne suffisait pas.

samedi 14 janvier 2017

Certains d'entre nous avaient senti ça, aussi.


-C’est fou ce que j’aurais aimé, vers huit heures du soir, sentir l’odeur du gel douche et de l’après soleil que les filles laissaient derrière elles, dans les petites rues de Parikia, dit Charlie.
Nous regardions Charlie qui n’était plus avec nous mais nous aurions bien voulu être avec lui. Certains d’entre nous avaient senti ça, aussi. Dans les villages cycladiques ou sur les passeggiate des stations balnéaires italiennes.
Autour du fauteuil club de Charlie qui avait, comme c'était de plus en plus fréquent, son regard perdu, soudain, il y eut des filles avec des gouttes d’eau qui rebondissaient sur leurs épaules et d'autres qui tordaient leurs cheveux devant un miroir sur un mur blanchi à la chaux.
Nous  espérions que Charlie les voyait aussi. Après tout, tout ça, c’était sa faute.


©jeromeleroy 1/17

vendredi 13 janvier 2017

Ce qu'on aurait pu imaginer


-On pourrait imaginer que…dit Charlie.
La matinée avait été belle. Maintenant, ça se couvrait. Un verre nous aurait fait du bien, histoire d’aborder l’après-midi calmement, sans trop d’angoisse. Mais il n’y avait plus rien à boire. On ne trouva même pas un fond de whiskey.
Nous attendions la suite. On se souvenait du soleil récent comme d’une grâce. Charlie restait là, la bouche ouverte, et on ne sut jamais ce qu’on aurait pu imaginer. 

©jeromeleroy 1/2017

jeudi 12 janvier 2017

Ce que ça donnerait au printemps



-C’est vertigineux, tout de même ! dit Charlie, contemplant l’étendue de sa solitude.
Il était vrai que, l’air de rien, en quelques jours, elle avait gagné en superficie de manière inquiétante. Elle arrivait maintenant jusqu’à la porte du bureau. Ce qui angoissait le plus Charlie, cependant, c’était le balcon déjà recouvert de bulbes, de cosses ou de bogues d’origine douteuse. Allez savoir ce que ça  donnerait au printemps.

©jeromeleroy 1/2017

Un peu tard dans la saison: merci au Point


Un peu tard dans la saison: save the date!



Dans une semaine, le jeudi 19 janvier à partir de 19H, une rencontre aura lieu à la librairie parisienne L'humeur vagabonde pour parler d'Un peu tard dans la saison. (44 rue du Poteau, 75018 Paris). On vous y attendra avec plaisir.

mercredi 11 janvier 2017

Sa petite idée


-Je crois que ça ne m'intéresse plus, en fait! dit Charlie avant de tirer.
Et personne, dans le salon, devant son cadavre, ne put dire de quoi il parlait au juste même si tout le monde avait sa petite idée.

©jérôme leroy 1/2017

mardi 10 janvier 2017

Un peu tard dans la saison: merci à Actu du Noir



On est heureux d'avoir contribué au bon déroulement de la grippe de Jean-Marc que l'on remercie pour sa jolie chronique qu'on pourra lire ici en cliquant

samedi 7 janvier 2017

A une certaine qualité du givre


Je ne sais pas
c’est peut-être ça la télépathie
j’ai pensé à elle
que je ne voyais plus
à qui je ne parlais plus
J’ai pensé à elle
et
à une certaine qualité du
givre
sur les arbres de la résidence
j’ai su que quelque chose
l’avait rendue très malheureuse
soudain
avant que ça ne se calme
un peu.

©jérômeleroy1/2017

vendredi 6 janvier 2017

Un peu tard dans la saison lu par François Angelier

C'était sur France Culture et on peut l'écouter ici. On écrit aussi, surtout, pour être lu comme ça. Un grand merci à François Angelier qui a parlé d'Un peu tard dans la saison, à lui qui sait que le mauvais genre commence avec la mystique rhénane et se termine avec Fantastik.

Un peu tard dans la saison à Europe 1

Il aurait fallu


Chaque matin
il aurait fallu
se réveiller près de Clara
Chaque matin
il aurait fallu
être le lendemain du grand soir
Chaque matin
il aurait fallu
regarder les yeux de Clara
Chaque matin
il aurait fallu
que jamais un réveil ne sonne
Chaque matin
il aurait fallu
aimer leur bleu gris rieur
Chaque matin
il aurait fallu
vivre le bel été de l’anarchie
Chaque matin
il aurait fallu
regarder Clara boire du thé
Mais voilà
tu as oublié tant de Clara
et tant de révolutions
et tant d’étés possibles
que les années ont passé
entre conditionnel passé et anaphores
et qu’il est temps désormais
et encore avec de la chance
d’aller boire avec Pirotte au royaume des morts

© jerômeleroy 1/2017

La nature imite l'art

Nicolas de Staël, Baie de Somme, 30 décembre 2016.

mardi 3 janvier 2017

Un peu tard dans la saison, premiers papiers.

Un portrait sagace sur quatre pages par Elise Lépine dans Transfuges
Et une critique bienveillante dans Normandie actu

Un peu tard dans la saison, ça commence aujourd'hui

Dans toutes les bonnes librairies, comme on dit, dès aujourd'hui, le 3 janvier.

lundi 2 janvier 2017

Art poétique

Saint-Valery-sur-Somme, Porte de Nevers, 31 décembre, 10H30
"de ma table je vois
la rue par la fenêtre
j'écris ce que je vois
pour ne pas disparaître."

 

JC Pirotte, Revermont  (Le temps qu'il fait)

Une année 2017 (2)

Ils vont être tellement bavards et creux en 2017. 

A touiter sur des touites de touites par des gens qui seront oubliés demain à 8h. A commenter du vide démultiplié à l'infini, de l'éphémère même pas émouvant comme devrait l'être l'éphémère.

Alors lisez plutôt du grand roman européen. 

Avec la meilleure métaphore possible, comme ici, de notre Europe, justement. En 2017.

 

Une année 2017 (1)


En 2017, nous souhaitons à tous nos aimables abonnés et lecteurs souhaite: une révolution, de la douceur et du doo wop.

Dansez serré, surtout, parce que ça, c'est une apologie du slow.

Nous vous aimons.


mardi 27 décembre 2016

si elle savait qui était john clyn


je ne sais pas pourquoi je lui ai demandé
si elle savait qui était john clyn
à vrai dire je ne le savais pas moi-même
avant d’avoir lu en un monde parfait
de laura kasichke elle m’a dit que non mais
sans vraiment m’écouter je crois qu’elle s’en moquait
un peu elle voulait danser et boire et se faire voir
et oublier six ou huit mois d’écriture
c’était une bonne raison même si je me suis senti seul
mais oui c’est ce qu’elle voulait et pas autre chose

je ne sais pas pourquoi je lui ai demandé
si elle savait qui était john clyn
peut-être parce que j’avais lu le matin même
que la température de l’arctique était de
vingt degrés supérieure aux normales saisonnières
et que l’on sortait d’une semaine
de pic de pollution aux particules fines
et que j’aurais préféré la garder avec moi
plutôt que de la voir danser et boire
ou peut-être que j’étais vraiment inquiet

j’ai commandé un laphroaig je l’ai regardée danser
john clyn était le dernier moine survivant
de sa communauté au moment de la peste noire
en irlande il écrivait une chronique dont il était
persuadé qu’il n’y aurait plus personne pour la lire
j’attends parmi les morts que la mort survienne
voilà sa dernière phrase et si je pense à john clyn
c’est que je me demande à quoi ressemblera
le dernier poète et son dernier poème sans lecteur
et que j’aurais voulu que tu m’aides ce soir à faire

la part de l’héroïque et puis du dérisoire
et de l’amour bien sûr dans toute cette histoire.



©jérômeleroy12/16

lundi 26 décembre 2016

Islomanie, 2

Climat doux et sec, monnaie faible, peu de vols en provenance de l'extérieur sur l'unique aéroport d'Amphérès. Sur le plan religieux, on parle d'un polythéisme cool avec beaucoup de partouzes sacrées. Politiquement, il semblerait qu'on soit en présence d'un conseillisme de type libertaire/autogestionnaire.
 Pas d'interdictions sauf l'emploi du verbe impacter et des smartphones. Il y a des petites maisons blanches, de loin en loin, sur les plages de l'archontat d'Eumélos avec des filles qui dansent dans les dunes. Il n'est pas impossible qu'on s'en aille. 
Viendèze quand vous voulez. 
A moins que vous ayez mieux à faire par ici.

Emily St. John-Mandel: la fin du monde comme mélancolie


La fin du monde sera un divertissement tragique mais élégant. Enfin, on peut l’espérer à la lecture de Station Eleven, le roman poignant et étrangement apaisant de la jeune prodige des lettres canadiennes, Emily St. John Mandel. Oubliez tout ce que vous savez ou croyez savoir sur le traitement littéraire des romans post-apocalyptiques qui connaissent une vogue nouvelle, y compris dans la littérature générale, depuis le chef d’œuvre de Cormac Mc Carthy, La route.
Ce qui intéresse notre auteur, dans Station Eleven, c’est d’abord d’entrecroiser des destins dans le temps et dans l’espace à travers une scène fondatrice qui se passe la nuit où l’apocalypse, ici un virus mutant de la grippe venu de Géorgie, met fin en quelques mois à la civilisation en exterminant les neuf dixièmes de l’humanité. Un comédien meurt d’une crise cardiaque lors d’une représentation du Roi Lear, à l’Elgin Theater de Toronto. Un jeune homme qui suit une formation de secouriste intervient mais il est déjà trop tard. Parmi les témoins et les personnes que l’on prévient très vite, une gamine qui jouait le rôle d’une des filles du Roi Lear, l’ex-femme de l’acteur qui attendait dans les coulisses, l’homme d’affaires et ami du comédien.
On les retrouvera tous, vingt ans après, dans des lieux différents où ils ne se croiseront pas forcément mais trouveront des signes et des correspondances troublantes, à travers un va et vient entre un présent où rôde le désespoir et un passé qu’il n’est même pas besoin de mythifier pour savoir que c’était le bon temps.
Le lecteur pourra suivre ainsi les tribulations d’une troupe de théâtre, la Symphonie Itinérante, qui joue du Shakespeare ou du Mozart pour les rares communautés survivantes de la région des Grands Lacs avec des comédiens et des musiciens qui savent aussi bien lire une partition que  manier un couteau et où est inscrit, sur la voiture de tête du convoi, un ancien pick-up tiré par des chevaux, une devise qui résume la philosophie du roman, « Survivre ne suffit pas »,  une devise courageuse et digne qui est pourtant simplement empruntée à …un épisode de Star Trek.
On visitera aussi un aéroport d’importance secondaire où des dizaines de longs courriers ont atterri en catastrophe des années plus tôt et où la vie a continué, vaille que vaille, un aéroport où un nostalgique a patiemment élaboré un Musée de la Civilisation. Les enfants d’après la fin du monde peuvent y contempler des smartphones et des chaussures à talons aiguilles mais aussi les planches d’une mystérieuse et somptueuse bande dessinée de science-fiction, tirée seulement à quelques exemplaires et qui est l’œuvre prophétique de l’ex-femme de l’acteur foudroyé.
Emily St. John Mandel, et c’est ce qui rend Station Eleven si envoûtant, ne fait que suggérer la catastrophe par des détails violents, réalistes mais qui ne servent au bout du compte que de toile de fond à une mélancolie bien particulière, suscitant à l’occasion chez ses personnages qui nous ressemblent, des inventaires ayant tout du poème en prose : « Il savait, et depuis longtemps déjà, que les changements intervenus dans le monde étaient irréversibles, mais cette prise de conscience n’en jetait pas moins une lumière plus crue sur ses souvenirs. La dernière fois que j’ai mangé un cornet de glace dans un parc ensoleillé. La dernière fois que j’ai dansé dans une boite de nuit. La dernière fois que j’ai vu un bus circuler. La dernière fois que je suis monté dans un avion qui n’avait pas été converti en habitation, un avion qui décollait vraiment. La dernière fois que j’ai mangé une orange. »
Oui, Station Eleven est d’abord cela : un grand roman sur cette mélancolie bien particulière qu’il y aurait à faire partie des derniers représentants de cette admirable et étrange espèce qu’on appelait l’humanité. Et en explorant ce sentiment, en en détaillant tous les aspects, les mécanismes, les couleurs, Emily St. John Mandel se révèle la psychologue sensible de nos désastres futurs, un rôle que seul peut tenir un écrivain de haute-volée, ce qu’elle est manifestement.


Jérôme Leroy

Station Eleven d’Emily St John-Mandel (Rivages, 2016)

Brautigan, écologiste de l'imaginaire.


Pourquoi ne lit-on plus de poésie aujourd’hui ? Pourquoi est-elle cantonnée à quelques colloques universitaires où des poètes-chercheurs, mais qui ne cherchent plus depuis belle lurette l’or du temps cher à André Breton, s’échangent leurs publications subventionnées de laborantins du verbe? Est-ce une raison pour autant, de désespérer de la poésie et de constater son avis de décès, au moins auprès du grand public ?
Il suffit pourtant d’un peu de curiosité pour trouver ces jours-ci, sur les tables des libraires, au moins un poète éminemment lisible dont la volonté est que la poésie soit le moyen privilégié de laisser nos sensations retrouver leur autonomie grâce à cette « écologie de l’imaginaire »  que réclamait naguère Annie Le Brun dans Du trop de réalité et ainsi de mieux lutter contre un monde saturé d’images invasives et préfabriquées.
Ecologiste de l’imaginaire, voici une définition qui convient merveilleusement à Richard Brautigan (1935-1984) dont le Castor Astral publie, en version bilingue, les oeuvres poétiques complètes sous le tire C’est tout ce que j’ai à déclarer. On signalera d’emblée que cette édition est unique au monde. Même au USA, patrie de Brautigan, sa poésie est difficilement trouvable. Il est vrai que cet écrivain mythique, suicidé au mitan des années 80, compagnon de route de la beat generation, du flower power et du mouvement des Diggers de San Francisco, ces hippies anars et situationnistes, très provocateurs mais non violents, est plus connu pour quelques romans et recueils de nouvelles qui jouent toujours, sur le mode de l’humour décalé, avec les mythes trop calibrés de la fiction américaine comme le polar ou le western.
Brautigan, pourtant, n’a cessé toute sa vie d’écrire de la poésie, une poésie où l’on retrouve également cette atmosphère d’étrangeté et d’humour, cet art subtil de la retombée qui, pour Barthes, définissait le style. On découvrira ici la vingtaine de recueils, parfois très courts, qui des années 50 aux années 70, trace le portrait d’une époque, celle de la contre-culture, et d’une sensibilité, celle d’un Buster Keaton fasciné par le Japon qui cache sa dépression dans des poèmes-haïkus où s’inscrivent entre les lignes un mal de vivre qui ne hausse jamais le ton, comme dans ce « 7 avril 1969 » :
Ca va tellement mal aujourd’hui
que je vais écrire un poème
Je m’en fiche, n’importe quel poème, ce
poème.
L’apparente facilité que l’on pourra qualifier de minimaliste et qui a donné à tant de faiseurs l’illusion que ce qui était de l’ordre de la Grâce pouvait être imité, est en fait un piège. Il faut insister sur le soin que prenait Brautigan à la mise en page de ses textes, à sa science délicate du blanc entre les vers, à son art de mettre en perspective le presque rien, à sa vision du poème comme une plante en devenir qui poussera, plus tard, dans le lecteur comme on le découvre, au sens littéral, dans S’il vous plait, plantez ce livre (1968) dont l’édition originale comprenait des sachets de graines correspondant à chaque poème.
Brautigan n’aimait pas seulement, avec excès, les armes, l’alcool et les filles, il aimait aussi Baudelaire, héros de plusieurs de ses textes, parce que Baudelaire, avant lui, avait tenter de faire disparaître la frontière entre le vers et la prose, l’important pour lui, au bout du compte, se résumant en un axiome d’une simplicité lumineuse : « Toutes les filles devraient avoir un poème écrit rien que pour elles, même s’il faut pour ça retourner cette planète sens dessus dessous ».
Peut-être, avec cet art de traverser le temps et la mort qui n’appartient qu’aux poètes, retouvera-t-on un de ces jours Brautigan dans une ville incertaine.
Babylone ferait très bien l’affaire, je pense:  « A mon avis, l'une des raisons pour lesquelles je n'ai jamais fait un bon détective privé c'est que je passe trop de temps à Babylone."

Richard Brautigan, C'est tout ce que j'ai à déclarer (Castor Astral, 2016) 



L'étrange questionnaire d'Eric Poindron


S’il fallait inscrire Eric Poindron dans une tradition, ce serait incontestablement celle des fous littéraires, telle que la définissait le regretté André Blavier, fou littéraire lui-même, qui leur consacra une étude encyclopédique où il regroupa ces écrivains atypiques, délirants, obsessionnels, drôles, pessimistes, et le plus souvent confidentiels même si certains, comme Xavier Forneret ont été sauvés de l’oubli par une présence dans L’Anthologie de l’humour noir de Breton. On pourrait ainsi voir en Eric Poindron une réincarnation du bibliomane romantique Charles Nodier ou le personnage de Chambernac dans Les Enfants du Limon de Queneau qui lui aussi compile des auteurs à son image, fantasques et inclassables.
On doit déjà à Eric Poindron un De l’égarement à travers les livres, De l’autre côté du miroir aux livres ou encore Belles étoiles, ouvrages transgenres qui mêlent rêveries bibliophiliques, évocations d’écrivains, poèmes en prose, tentatives de définitions des étranges pathologies qui l’animent dans sa recherche permanente de curiosités littéraires plus ou moins tératologiques ou encore voyages plus ou moins imaginaires en compagnie de Stevenson, Nerval et autres aimables francs-tireurs qui évoluent comme lui sur la frontière ténue qui sépare la réalité de l’illusion et les vivants des fantômes pour qui sait regarder la Tour Saint-Jacques se découper sur un ciel d’orage.
Il vient de sortir, aux éditions Les Venterniers, un autre opus inclassable, très élégamment présenté, intitulé L’étrange questionnaire.  Cet étrange questionnaire s’adresse bien sûr à vous. Qu’on se rassure, ce livre n’est pas un interrogatoire, tout au plus une sollicitation polie, amusée, émouvante parfois. Dans l’idéal, il devrait en fait vous inciter vous-même à écrire.
Eric Poindron se place sous le patronage d’Oscar Wilde, « Les questions ne sont jamais indiscrètes. Les réponses le sont parfois. » et de Jules Renard, «  Je me pose des questions. Qu’est-ce que j’aime ? Qu’est-ce que je suis ? Qu’est-ce que je veux ? J’y répondrai avec sincérité ; car je veux avant tout m’éclairer moi-même. Réellement, je veux me regarder à la loupe » pour vous poser soixante questions qui sont autant d’invitations à y répondre une ligne ou en cent pages, libre à vous.
Quelques exemples : « Quel est le personnage le plus étrange que vous ayez rencontré, que  vous aimeriez rencontrer ou que vous aimeriez être ? » (Question n°11),  « Quelles sont les trois, ou les cent choses que vous aimeriez faire avant de mourir ? » (Question n°34) ou encore « Que pensez vous des animaux empaillés et quel animal empaillé souhaiteriez vous posséder ? » (Question n°54). On est loin du questionnaire de Proust, lui-même inspiré des keepsakes des jeunes filles de la bonne société anglaise qui l’avaient élaboré pour se trouver un mari idéal. Eric Poindron a l’imaginaire plus baroque mais si vous jouez le jeu, seul ou avec des amis, vous n’en découvrirez pas moins vos propres peurs, espoirs, bonheurs et à l’occasion de manière très poétique comme dans cette question n°31 où il vous est demandé d’inventer une nouvelle pièce aux échecs en précisant son rôle et sa manière de se déplacer.
Tout cela est entrelardé d’anecdotes littéraires et de citations (Daumal, Wells, Roussel, Pouchkine) et offrira un de ces divertissements civilisés qui sont encore ce que l’on peut opposer à une certaine goujaterie contemporaine qui confine paisiblement à la barbarie. Laissons pour finir la parole à Eric Poindron lui-même qui résume ainsi le projet de L’étrange questionnaire : « L’étrange questionnaire est un cabinet de curiosités –dont vous serez à la fois le conservateur et le gardien-qui peut à chacun donner un peu d’imagination ; et l’envie de prendre le crayon afin d’aller presque au bout de cette imagination. »
Bref, un divertissement civilisé, certes, mais aussi un bel exercice de subversion. L’un n’empêche pas l’autre, au contraire.

Jérôme Leroy

L’étrange questionnaire d’Eric Poindron (Editions des Venterniers)

dimanche 25 décembre 2016

Joyeux Noël avec Beatriz/Paul Preciado

Joyeux Noël à tous. 
Et commençons par le plus beau texte lu dans un journal depuis longtemps qui est aussi un programme éminemment christique.  C'est dans Libé daté du 24/25/12/2016.
Beatriz/Paul Preciado peut apparaître un peu dingue ou radicale, comme on voudra (déconstruction totale du genre, changement de sexe,  corps comme lieu de la protestation politique, etc...) mais qu'est-ce que ce texte-là est juste pour le coup, surtout par les temps qui courent où l'on ne peut que préférer cette folie-là à la folie collective qui règne aujourd'hui et que nos maîtres nous font appeler  raison.  
Le même genre de conseils en à peine moins sauvages était donné en son temps par André Breton dans "Lâchez tout" (1922)
À ce point de beauté et de force, elle/il ne peut avoir tort car on sait que le beau, le bien et le bon se confondent au Ciel des Idées et ce texte, répétons-le, est beau.
Ne vous étonnez donc pas  si je subis quelques métamorphoses dans les temps qui viennent. 
Et que d'autres me suivent sur les chemins de cette émancipation évangélique radicale.
Amen et vive la révolution!

samedi 24 décembre 2016

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 75: islomanie.

"Il y a des gens sur qui les îles exercent un attrait irrésistible. Le seul fait de se savoir dans une île, dans un petit univers entouré par la mer, les remplit d'une ivresse indescriptible. Ces islomanes sont les descendants directs des Atlantes, et c'est vers l'Atlantide disparue que leur existence insulaire tend tous leurs désirs secrets."

Lawrence Durrell, cité par Michel Déon dans Mes arches de Noé.

Hélas, Déon confie en note ne pas se souvenir du livre de Durrell où il a relevé cette citation. C'est d'autant plus dommage qu'elle nous semble identifier parfaitement la maladie dont nous souffrons depuis un bon bout de temps comme le prouvent certains de nos titres. L'article Islomanie de Ouiki n'est guère plus précis. Si un de nos aimables abonnés ou lecteurs trouvait la référence exacte, la reconnaissance du tenancier en serait éternelle.
Joyeux Noël, sinon.